Accueil > Récits de voyage > journal de voyage
   
 

 
Maroc - Meknes


de BZO, 05-04-2007

Meknès, dernière étape, dernières rencontres et pas des moindres...


Le 30/03 : Plus que 4 jours en Afrique du nord. Nous remplissons le Tub des meilleures dattes. Nous devons retrouver nos parents pour le week-end de Pâques du côté de Lyon, sur notre route pour la Suisse. Ces retrouvailles en début de voyage (il nous reste encore 6 mois) nous font chaud au cœur car bien qu’assez indépendants et relativement autonomes, ils nous ont tous manqués physiquement et spirituellement. Cela devrait pour le reste du périple nous désaccoutumer progressivement à eux. De plus, ils nous portent 2 pneus de secours (merci Olivier Hébrard), les stocks de brosses à dent, dentifrices et chaussures destinés aux enfants d’Europe de l’Est ainsi que quelques douceurs pour nous.

Direction Meknès, on fait le plein de gaz, question d’autonomie. Chemin faisant, le compteur indique que nous passons la barre des 3000 km parcourus au Maroc. Dans la ville nous négocions avec le gardien les 20 dirhams pour un jour et une nuit de stationnement surveillé. Le soleil revient timidement mais semble décidé à offrir des degrés.
Nous sommes bien situés, à 5 minutes du cœur de la Médina. Aujourd’hui nous pensons tout particulièrement à Elo pour ses 28 ans et à Guillaume aussi, pour d’autres raisons.

Il est 17 heures, la chaleur revenue nous visons la Médina. La place El Hédim est noire de monde où plutôt bronzée de monde, il y a un concert de musique et chants berbères, 98% de locaux. Nous entrons dans un cyber café vérifier nos messages et nous assurer que vous ne nous oubliez pas. Beaucoup plus tard, autours d’un tajine de poulet, nous comparons Del et moi nos impressions en cette presque fin de voyage marocain. Dans la balance de notre bonheur, un déséquilibre parfait entre ce que nous venions chercher et découvrir et tout ce qui nous a été donné de recevoir. C’est le plateau surchargé des leçons de vie, des principes d’humanité, des valeurs essentielles, de l’amitié voire de l’amour sans méfiance de l’étranger, des cœurs ouverts qui penche nettement.
J’ai envie de mille choses nouvelles pour moi et pour les autres, de pensées différentes, d’une spiritualité plus grande, d’une écoute plus attentive.

Puis, l’heure est aux comptes et bien qu’ayant minutieusement chiffré au jour le jour chaque dirham dépensé, une surprise est toujours possible d’autant que nous ne nous sommes dispensés de rien. On additionne, on divise, on fait des produit en croix (bon, enfin…Del fait) et comme nous l’escomptions le budget n’est carrément pas explosé. Au contraire, tous calculs fait, nous avons en 7 semaines, dépensé à peine plus de la moitié de l’argent prévu initialement pour le Maroc. On re vérifie, c’est bon ! Même l’essence qui, à chaque plein effectué, nous faisait économiser 15€ est une bonne surprise. Le voyage peut continuer...

Le 31/03 : Plus de beurre dans le frigo : nous décidons de p’tit déjeuner msemen (crêpes) à la main en découvrant Meknès. Del recherche une broche à crochets, assez rare à dégoter quand on n’est pas du pays, pour le kaftan un peu grand que lui a offert Naïma à Marrakech. Nous nous enfonçons dans les souks où comme ailleurs les artisans s’agglutinent par secteurs d’artisanat.
De questions en renseignements on nous aiguille en arabe, on répond toujours « oui » à nos questions et nous nous retrouvons en pleine fête de la naissance du prophète Mohamed. Nous sommes vite perdus, les pieds dans la boue (il a beaucoup plu), sous des tentes de fortune à l’abri desquelles croulent des kilos de nougats, sucreries, viandes, fruits secs et merdouilles irrécupérables pour nous, simples français. Jamais jusqu’à présent nous n’avions évolué dans pareille marée humaine, la fête de la musique n’est rien à côté !! En contact intime avec quelqu’un ou quelque chose de partout à la fois, nous sommes mus non pas par nos membres inférieurs mais par le mouvement conciliant de la foule. Impossible de s’en extirper, ça braille, ça chante, ça scande, ça se lamente et il faut garder calme et patience, son sac fermé à portée de main car nous avons encore déjoué la malice d’un pickpocket. Pour ce gros plongeon dans l’ambiance des festivités marocaines je dirais que tout Meknès était dans la rue (boueuse). Ca essorbe !!

Un Moussa, venu spontanément vers nous, propose de nous aider dans notre quête. Il nous conduit chez Abdelali, un ami vendant des fils de soie, dont la boutique recèle des centaines de bobines multicolores et lumineuses.
Des broches à crochets, ça existe, mais il faut les faire réaliser. Qu’à cela ne tienne, il nous conduit chez Nordine, tout jeune garçon orfèvre en la matière. C’est alors que le festival de savoir-faire commence… Partant d’UN SEUL fil de soie, qu’il double et travaille maintes fois pour obtenir un brin de section suffisante, dans la couleur choisie par Del, il confectionne sous nos yeux impressionnés et ébahis l’habillage de soie et d’argent des futurs crochets encore réduits pour l’instant à l’état de fils de fer rouillés.
Quel régal de contempler la dextérité de ces personnes qui n’ont pratiquement fait que cela toute leur vie. Leurs gestes, techniques et savants, tissent, façonnent, enroulent, torsadent, cousent avec une habileté et une rapidité stupéfiante. Nous restons fascinés, n’osant croire que la création à laquelle nous avons le privilège d’assister nous est destinée. C’est vous dire la valeur que prennent alors, les pièces qui sortent de ces mains.
L’intérêt sincère que nous portons à leur travail ainsi qu’à leur compétence semble les honorer et cette valorisation certainement un peu trop rare nous a ouvert, encore, les portes de la connaissance de l’autre. Venus pour un achat, nous voilà participatifs à sa conception, spectateurs et acteurs, pouvant intervenir n’importe quand pour affiner le résultat souhaité. Les dattes de bienvenue pleuvent, on nous sert le thé et bientôt d’autres artisans marocains viennent voir ces français qui accordent autant d’importance à leur travail aussi minime et peu lucratif soit-il.

Les crochets sont terminés plus idéaux que Del n’aurait pu les imaginer. Un tailleur, spectateur jusque là, propose à Del de passer le kaftan et de lui coudre les fameux crochets fraîchement réalisés. Sans une épingle, sans mètre, sans repères marqués sur le tissu, juste avec l’œil de l’artisan expert, il lui resserre la magnifique étoffe dans le dos et semble lire dans la matière et la silhouette. Del quitte le vêtement et en 10 minutes, comme s’il opérait au hasard, au milieu des motifs, il positionne les 6 crochets symétriquement. Pendant ce temps, Nordine, toujours à partir d’UN fil de soie, réalise le lien coordonné au couleur de l’ensemble et destiné à resserrer le dos du kaftan façon corset. C’est hallucinant ! En un clin d’œil (à la différence d’en France) l’ouvrage est terminé, le kaftan déjà unique à l’origine vient vêtir comme un écrin sur mesure ma belle petite femme folle de joie. Naïma serait fière. Nous pensons à elle à cet instant et lui enverrons des photos.

Tout est presque gratuit, il faut que nous insistions beaucoup pour glisser quelques dirhams mais on nous fait sentir que ce serait insultant. « C’est cadeauxxxxx !! » Il est 19h, on visite des ateliers gardés secret, découvrons une rareté : les fameuses FISSAS, machines antiques à tisser (de fontes et d’acier et à la mécanique bien huilée par Abdelali) réalisant tous rubans de quelques motifs, tailles et couleurs que ce soit. Nous restons béats, captivés par le talent de ces artisans, touchés et comblés par leur générosité. Presque sans parler français! Leurs yeux témoignent de la joie et de la fierté qu’ils ont à nos côtés.
Del veut revenir demain pour son sac en laine bouilli acheté à Marrakech et auquel elle rajouterait bien une bandoulière. Encore faut-il qu’elle soit assortie. « Maintenant, vas le chercher maintenant !! » nous imposent ils. Bien qu’il soit déjà tard, nous ne sommes pas fâchés de poursuivre cette soirée avec eux, Moussa, Abdelali, Nordine et tous les autres nouveaux venus.
Je me fraye un passage parmi les marchands qui ferment, la foule et les derniers clients qui traînent, jusqu’au sac resté dans le camion puis je reviens. Le thé est servie, Del a encore fait de nouvelles connaissances et tout le monde est sur le pied de guerre, prêt à l’ouvrage, sourire aux lèvres, les pupilles étincelantes d’une volonté de faire plaisir et d’être agréable pour que ce moment se prolonge.
Il ne cessa que bien plus tard ! Après la réalisation de la lanière torsadée, bicolores, ornée de 2 chouchas (pompons marocains) fabriquées sous nos yeux. C’est splendide et 100 fois plus parfait que tout ce que Del aurait pu espérer. Pour nous achever, c’est encore cadeau et l’invitation pour demain midi à la campagne chez la maman d’Abdelali ne se discute pas. On s’embrasse, on remercie sans mots ni gestes assez forts à notre goût puis, Del et moi, main dans la main, silencieux mais nous comprenant, nous regagnions un bonheur de plus, le Tub.
Nous réalisons avec peine la journée incroyable en tous points que nous venons de vivre. Je ne sais si sur vos écrans, la retranscription sera fidèle et percutante ; il est de plus en plus difficile de vous signifier combien nous sommes heureux tant les beaux moments se succèdent.
Demain ne s’annonce pas plus mal. Merci la vie, ou autre chose, pour ces instants où tout compte.

Commentaires sur cet article
daniel
Magnifique votre description , on voit les couleurs "péter" !
Je cours voir les photos de ce fameux kaftan !

PS : il y a eu modification de l'itinéraire , ou me gourre-je ? ( ou j'ai raté une étape ??) Soucis de frontière fermée ?
 
alexis cacheux
Vous voyez : mon adage continue de vous suivre :
-"moins ils ont, plus ils donnent !!!"
Quelle leçon encore, pour nous, riches occidentaux : riches de superflus , riches de faux semblants, riches d'amertume et d'ignorance, riche de certitudes ... quel gâchis !!!
Imprégniez-vous de "leur" sagesse et de "leur" générosité , afin d'embaumer chaque jour de votre vie(et la notre par "capillarité"!!! )... Mon message est certainement plus "amer" que d'habitude, mais votre récit me ré-ouvre les yeux sur l'injustice et la connerie humaine !!!
Bonne route à vous et une caresse au TUB !!!
Amitiès
Alexis , Colette, Romain et Benoît
 
Daniel bis
Je rentre ce jour de Mirleft où je viens de passer quelques jours. On m'a abondamment parlé de vous; on ne vous oublie pas. Revenez quand vous voulez. Moi aussi, je vous attends.
Mouloud vous embrasse.
 
Danielle
Quel étonnant récit de vos dernières heures passées dans la Médina ; une impression d'être à vos côtés tant la description est parfaite.
Les couleurs jaillissent à nos yeux.
Merci de nous compter ces moments vécus intensément
Joyeuses Pâques.

 

Ajouter votre commentairee
       
 
Retour aux autres articles du journal Imprimer cette page Envoyer cette page


Dernières actualités
15/02/2008 : Notre plus grand, notre plus petit mais surtout notre plus beau souvenir...
15/02/2007 : A la fois notre plus grand, notre plus petit et notre plus beau souvenir...
31/12/2007 : Vive la vie
07/10/2007 : JP, merci pour les clés
02/10/2007 : Comment j’ai éclos dans un Tub…
24/09/2007 : Du plaisir pour les yeux et le coeur...
11/09/2007 : Jouons aux Robinsons Crusoe version 5 etoiles
05/09/2007 : Surchauffe, bonnets de bain et Michel-Ange...
04/09/2007 : Qu'il est bon de retrouver la mer...calme...avant la tempete!
27/08/2007 : A la rencontre des enfants bosniaques avec Binasa et fin de notre boucle dans les Balkans
26/08/2007 : Sarajevo ou la decouverte d'un islam "light"
22/08/2007 : Pourquoi la Serbie nous a-t-elle tatoué l’esprit ?
21/08/2007 : Un festival mythique ... les fanfares de GUCA
20/08/2007 : Un periple "itinerant" en famille, une rosalie qui s'ecrase sur le camping-car, une carte verte tres problematique mais surtout l'indescriptible gentillesse des Serbes...
17/08/2007 : Une thalasso peu ragoutante de prime abord...



Autres liens :

Tags

Meknès - dernière étape - dernières rencontres et pas des moindres - Meknes - Maroc -
Offre d'emploi - Ajouter à vos favoris - Découvrez d'autres voyages - Créer un carnet de voyage
Copyright top-depart.com ©2002-2008 Tous droits réservés