
Le 01/04 : Comme convenu la veille, nous avons rendez-vous à 9h avec Moussa et Abdelali devant sa boutique. Ensuite, nous irons dans le village d’Abdelali pour faire la connaissance de sa Maman qui nous convie à déjeuner.
Nous les retrouvons, ils nous attendent et leurs sourires radieux ainsi que l’élan avec lequel ils nous accueillent attestent de leur joie ; ou de leur soulagement car nous pensons qu’ils ont craint jusqu’au dernier moment que nous ne viendrions pas, ayant pris la veille ce que nous étions venus chercher.
Sur le comptoir, ils déballent fièrement, pour nous, leurs plus beaux ouvrages et nous expliquent les multiples possibilités qu’offre la soie. Nous bloquons sur un travail qui nous parait d’une complexité incroyable : des broderies aux motifs en tous genres, cousues avec 1, 2, 3 ou 4 fils de soie. Est-ce fait à la main ? « Non, c’est du travail fait à l’aide d’une machine très spéciale qui requiert des compétences rares pour l’utiliser. » Cela nous intrigue…Face à notre curiosité, on propose de nous montrer puisque c’est Salim, le frère d’Abdelali, qui est détenteur de ce savoir-faire. Bien que nous soyons dimanche, ils nous conduisent à son échoppe qu’il ouvre exprès pour nous.
La complexité de ce travail met en jeu à la fois : une très grande dextérité, un sens artistique certain, une visualisation des motifs dans l’espace, leur anticipation et leur réalisation ultra-rapide au rythme de la machine. La démonstration que nous fit Salim sur le foulard de Del n’étant pas descriptible, nous avons fait un petit film que nous allons essayer de mettre dans l’album vidéo…
Ce foulard, initialement quelconque, est devenu entre les mains de Salim, une pièce unique ornée de broderies complexes qui en font à nos yeux, une petite œuvre d’art ! Mais maintenant, il faut y aller…nous sommes attendus pour déjeuner et la pluie qui tombe drue (ou velue pour JP) aujourd’hui encore, nous fait préférer les transports en commun. En effet, selon Moussa, il n’y aurait que 100 mètres de piste pour atteindre la maison, mais l’appréciation des distances variant considérablement au Maroc, nous préférons épargner le Tub ! Grand bien nous en pris car, après 2 taxis, ils nous fallut parcourir à pieds, en montée et dans la boue, non pas 100 mètres mais 2 kilomètres avant d’apercevoir enfin, au milieu de nulle part, un regroupement de minuscules maisonnettes assimilables à des taudis vu de l’extérieur… C’est le village de Sidi Baba, sans eau courante et dont les habitations sommaires comprennent, pour les mieux équipées, une dalle en ciment sur laquelle reposent 1 ou 2 piliers supportant grâce à quelques poutres enchevêtrées, un toit de tôle ondulée.
Nous arrivons trempés comme des soupes et tous crottés, la Maman accueille Del en l’emmitouflant dans un peignoir de laine rose et lui confie des espadrilles en plastique bleu trop petites pour elle…mais bon, elle au moins, elle est au sec ! Suivront d’épaisses couvertures pour nous, les garçons, afin de nous sécher sur le salon marocain en attendant le repas. On nous parle de la famille et on nous montre fièrement, à la télé, le CD du mariage d’une cousine. Alors que nous buvons un thé bien chaud… « MEUHHH !! » retentit dans notre dos… c’est par un petit fenestron (sans vitre mais obturé par un tissu) que nous découvrons l’étable, attenante à la pièce principale, et les vaches qui l’occupent.
Le couscous qui nous fut servi fut le seul du genre. On mangea la semoule à part, en premier. Elle avait cuit dans une vapeur sucrée, trempait dans un peu de lait et était décorée de cannelle saupoudrée ce qui assimilait davantage cette entrée à un dessert…surprenant mais délicieux ! Suivi ensuite un tajine d’agneau aux coings accompagné d’une salade d’oranges et de robs (pain) maison tout chaud. « Mangez, mangez, bsâa (santé) » nous dit la Maman sans relâche en nous offrant systématiquement les plus beaux morceaux. Encore une fois, nous nous en régalons avec les mains et Del, en parfaite marocaine aussi !
Tout au long du repas, défileront, pour nous saluer ou nous voir, plusieurs personnes du village (proches ou voisins) apparemment déjà au courant de notre présence. Il nous semble que, pour la Maman d’Abdelali et de Salim, recevoir chez elle des étrangers la distingue, voire même la valorise et c’est fièrement qu’elle nous présente.
En fin de repas, Moussa nous explique que la tradition veut que l’hôte applique du henné sur les mains de son invitée, quelques minutes plus tard, ce sera chose faite. La nuit tombe et nous avons rendez-vous sur skype avec nos parents.
Au revoirs poignants, la Maman nous raccompagne jusqu’au puit situé au milieu du village et offre à Del un mouchoir en lin blanc qu’elle a brodé elle-même. Elle nous somme de revenir sans détours chez elle lors d’une prochaine visite au Maroc.
Pour repartir, nous affronterons à pieds les pistes boueuses et glissantes, attendrons en vain les taxis, rentrerons en stop dans une camionnette bondée, nous frayerons un chemin à travers la foule plus que dense qui a envahi les ruelles de Meknès : bref, nous serons en retard à l’internet café où nous avons cru ne jamais arriver !
Cette journée se termine comme elle a commencé puisque, après la session sur skype, nous retrouvons nos amis et partageons avec eux un tour de manège pour Fab et Abdelali et des échanges d’une rare intensité sur la religion avec Moussa. C’est tout naturellement que l’on se dit au revoir comme si l’on se connaissait depuis toujours. Ils nous manqueront et grâce à eux, je m’interrogerai désormais davantage sur la spiritualité et la religion qui, reste le dénominateur commun de tous ces gens au cœur si grand que nous avons rencontrés.
Le 02/04 : nous quittons Meknès après avoir consacré, pour rien, la matinée à la recherche d’un cordon adaptateur 12V-220 pour recharger l’ordi sur l’allume cigare en roulant.
Direction Tanger, seule l’heure nous dira où et quand nous arrêter puisque le Tub tourne comme une horloge. Finalement, ce sera à Larache, sur l’aire de repos qui fut le lieu de notre 1ère et de notre dernière nuit au Maroc : la boucle est bouclée !
Le 03/03 : c’est l’anniversaire de Gérard, Del parvient à lui parler quelques secondes au téléphone, elle est heureuse pour la journée. Nous faisons une halte sur la route de Tanger aux grottes d’Hercule puis au Cap Spartel, point de rencontre de l’Atlantique et de la Méditerranée. En attendant l’embarquement, nous dépensons nos derniers dirhams en faisant le plein d’essence et en achetant quelques fruits et légumes si goûteux ici…
Nous mettons le pied à bord à 19h et quitterons le sol marocain vers 21h…Ainsi s’achève le 1er acte de ce voyage, que vous avez tous contribué à embellir. Choukrane (merci) !
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