
Le 3/06 : Pour quitter le parc national des lacs de Plivitce où nous avons passé la nuit, nous envisageons une boucle de 80 Km qui va nous rallonger pour gagner la presqu’île de Pag mais, à en croire les cartes, le détour en vaudrait la peine.
À travers les terres, nous traversons des plaines et plateaux en altitude, des cols et des villages portant indubitablement les stigmates d’une guerre pas si lointaine. Rares sont les maisons épargnées par les impacts de balles quand elles ne sont pas littéralement criblées. Comble de l’horreur, pour nous petits français, les bâtiments – églises ou demeures - littéralement éventrés ou soufflés par des déflagrations que nous imaginons sans peine vu l’état des ruines.
C’est ça aussi la Croatie : une côte Adriatique préservée ou rénovée à la hâte pour contrecarrer les séquelles que l’intérieur des terres porte en lui. Du point de vue touristique, rien n’incite à emprunter d’autres itinéraires que ceux menant à ce qui fait briller et vivre le pays.
C’est donc avec un certain recueillement dans le Tub, qui ronronne de son allure régulière, que nous découvrons ce visage de la Croatie.
Puis, du haut d’une montagne, la mer Adriatique apparaît avec droit devant sur l’autre rive la presqu’île de Pag que nous tâcherons de rejoindre d’ici ce soir.
En milieu d’après-midi on s’arrête pour manger au bord de l’eau et se rafraîchir d’une baignade. Il fait lourd, très lourd et Del s’active pour tenter de fabriquer une housse (en bâche) pour la roue de secours afin qu’elle soit protégée du soleil. Je pense que ça ne sert à rien donc je la laisse faire. Seule, bien entendu. 30 minutes plus tard, écarlate et en sueur, c’est décidé, elle ne m’attend pas et « part se baigner avec ou sans moi » qui termine de dicter un récit sur Dragon. «Vas-y, je te rejoins ». Elle traîne un peu pour enfiler son maillot de bain sans admettre que c’est dans l’espoir que je puisse l’accompagner.
Elle part munie de son masque et son tuba, comme une grande. Persuadé qu’elle n’ira pas bien loin toute seule dans cette mer certes magnifique mais inconnue, je termine mon ouvrage lorsque : «Fab, viens vite…Y a un dauphin ! ».
Depuis celui aperçu sur le bateau, je crois aux miracles, j’attrape l’appareil et me vautre de tant me précipiter. Elle pointe du doigt des remous à 10 petits mètres du bord. Je suis en train de l’accuser d’avoir confondu avec un plongeur lorsque le mammifère apparaît juste sous nos yeux. Il ondule comme à la télé, vient chercher sa respiration à trois ou quatre reprises puis replonge. Je suis tellement scotché que je ne pense pas à faire des photos. Un regard vers elle, debout sur la pointe d’un rocher, qui trépigne de joie, se mordant les doigts, ses yeux bleus ouverts le plus grand possible. Une minute plus tard, cinq mètres plus à droite, il réapparaît pour le même ballet encore plus proche cette fois. Muni de l’appareil, j’immortalise l’instant (en photos et en film) qui durera 20 belles minutes magiques avant qu’il ne plonge pour disparaître tout à fait.
Je ne rajoute rien car Del devrait trouver en son cœur si touché les mots les plus beaux pour vous conter tout ça.
Plus question de baignade pour ma rouquine, « C’est beau mais ça fait trop peur, il est peut-être encore là ». Perso, je fais une tentative mais j’avoue qu’une fois à l’eau, la probabilité -même infime- de tomber nez à nez avec le dauphin ne me rassure pas trop. Je m’en extirpe en poussant des cris dans mon tuba. Et puis, si il y a des dauphins, est-ce qu’il y a des requins ??
Bref, l’heure et demie de route, en direction de Pag, est entièrement consacrée à notre rencontre avec le mammifère. A Novalja, on se dégote difficilement un cybercafé (très rares en Croatie, surtout en cette saison, ce qui expliquera peut-être l’espacement de nos récits) pour souhaiter la fête des mères. Comme je n’ai pas eu la possibilité de lui souhaiter de vive voix sur skype, je lui dis que je l’aime et bonne fête maman.
Ainsi, plus les jours passent, plus nous avons le sentiment de faire un voyage COMPLET.
Le 4/06 : Le Twonous nous conduit à l’extrémité de la péninsule de Lun. Autrement dit, impossible d’aller plus loin. On se balade amoureux fous de tout ce que nous avons la chance de vivre ensemble.
L’après-midi, on lit, on glandouille sur une plage de rêve, l’eau est encore plus chaude qu’en Grèce.
Petit resto du soir et bonsoir.
Le 5/06 : On trace tranquillement, on laisse Pag, Novalja et Lun pour découvrir la plage de Vlasici. Mais un orage soudain nous contraint sans déplaisir à rester deux heures dans le camion, à boire des cafés frappés, à déguster de bonnes tomates sucrées avec de la fêta grecque et de la tapenade noire, le tout arrosé d’huile d’olive. Puis lecture conjointe de Cohen et du journal.
On en profite pour faire l’itinéraire. Il nous faudrait du gaz mais comme à chaque nouveau pays se pose la même question : comment et où s’en procurer ?
On roule jusqu’à Zadar où on ne nous reprend pas la consigne mais on nous remplit notre bouteille à raz bord ( ?) pour 24 Kunas (3,5€).
En fin d’après-midi, le Tub et nous, morts de chaud sur la route et sous le soleil, nous arrivons à Murter, petit paradis ou même à la nuit tombante, Del et moi nous baignons. Enfin le spectacle d’une vie sous-marine diverse et intense… De gros poissons par groupe de quatre ou cinq évoluent autour de nous. Certains totalement multicolores s’agitent, d’autres restent immobiles sur le sable ou les rochers. Deux gros concombres de mer dégoûtent Del qui s’en détourne pour se retrouver face à un ban de milliers de minuscules poissons qu’il suffirait de tendre la main pour toucher.
C’est décidé, il faut qu’elle montre ça à Clémentine que nous retrouverons vendredi soir avec Monique et JP à Dubrovnik.
Le 6/06 : Aujourd’hui, visite du deuxième parc national : celui de Krka, paysage fait d’une succession de 7 cascades grondantes, de sentiers flirtant avec les bords des torrents entre de hautes collines plantées d’une végétation épaisse.
Nous les longeons toutes, descendant d’un niveau à chaque fois jusqu’à découvrir la partie la plus spectaculaire du parc comptant 17 cascades successives sur un dénivelé de 45 mètres et une distance de 800 mètres. On trouve un petit sentier qui fait le tour des chutes en serpentant entre les arbres et nous permet même une étape baignade (voir photos) et un pique-nique.
Ce joyau du patrimoine naturel de Croatie nous a offert une parenthèse verte et rafraîchissante après les plages brûlées de soleil.
En milieu d’après-midi nous retrouvons le Tub encerclé par une nuée de petits admirateurs croates, nous leur donnons des cartes postales à son effigie, ils repartent le sourire jusqu’aux oreilles, sans cesser de se retourner pour nous voir partir.
On fait le plein d’eau potable puis direction Split que nous aimerions avoir dépassé ce soir pour ne pas avoir trop à rouler demain.
D’abord à travers les terres et ensuite en longeant la côte par la Riviera Makarska, nous faisons halte dans plusieurs villages trop huppés ou trop concentrés pour s’y arrêter (ici, le camping sauvage est officiellement interdit, l’amende s’élèverait à 200€… !). Au quatrième, nous découvrons grâce à Del Bratus, mini, mini port et village de pêcheurs où nous nous détendrons deux belles heures avant d’aller engloutir un plat de moules croates.
Demain nous devrions y prendre un peu de bon temps (Eh oui, encore !) avant de poursuivre.
Bonne nuit à tous. |